2025
Au milieu des rapides, j’ai tenu bon et je suis restée plaquée sur ce rocher « sauveur »
Septembre 2025


Perfectionnement des saints

Au milieu des rapides, j’ai tenu bon et je suis restée plaquée sur ce rocher « sauveur »

C’est la dernière étape

Cela fait deux heures et demie que nous faisons du « rafting », et je trouve les vagues de plus en plus gigantesques !

Nous voyons devant nous le premier radeau qui danse, qui saute, retombe comme un yoyo, en difficulté, car les rapides ne semblent pas vouloir le laisser passer. Mais il passe !

Nous approchons très vite, obtempérant aux ordres du guide :

— Go ! Go ! Stop ! Go.

Il crie, il s’époumone. Une vague géante se dresse devant nous.

À cet instant, je sais que nous ne pourrons pas la franchir.

Le canot s’élève jusqu’au sommet de la vague et nous retombons à la renverse dans les eaux déchaînées… Nous sommes jetés dans ce tumulte, sous le canot, cherchant désespérément l’air. Je sens le plancher du canot retourné, je vire vite, vite à la recherche de l’air. Je ne peux plus respirer : à peine à la surface de l’eau, je suis prise dans de nouveaux rapides.

J’entraperçois le premier radeau au loin qui repêche les rescapés, mais je suis à nouveau entraînée au fond.

Je ne sais pas combien de temps cela dure. Mon instinct de survie me dicte urgemment :

— Cécile, ne t’affole pas. Essaie de régurgiter l’eau et de respirer l’air quand tu retrouves la surface !

C’est plus facile d’en parler maintenant. Mais à ce moment-là, on est vraiment seul, on ne peut compter que sur soi-même. Mon gilet s’est desserré, mon casque tombe devant mes yeux, tout danse tellement.

Je tente plusieurs fois de me rapprocher de la rive et de m’agripper à un rocher, mais le courant m’entraîne et je n’ai pas assez de force pour me maintenir. Je vois bien le canot chargé qui essaie de me lancer des rames, mais je suis toujours reprise par les remous.

Honnêtement je crois que c’est la fin !

À ce moment je suis exténuée : j’ai donné toute mon énergie pour garder la tête hors de l’eau pendant si longtemps, presque une demi-heure, me dira-t-on plus tard.

Je me remets entre les mains du seigneur et je crie :

— Père. Aide-moi !

Je suis pourtant entraînée vers d’autres rapides à une vitesse incroyable.

Alors, presque devant moi, juste à fleur d’eau, je vois un rocher au centre de la rivière que je ne peux éviter, car je suis littéralement projetée dessus.

Je m’y agrippe avec force, alors que l’instant d’avant j’étais épuisée.

Je tiens bon et je reste plaquée sur ce rocher « sauveur ».

J’attends que le calme revienne en moi, seule avec ce bruit assourdissant, ces eaux déchaînées devant moi, une jungle luxuriante de chaque côté des deux rives, une nature si belle que je suis venu troubler avec ce canot.

Et je pleure, pleure des larmes douces et bienfaisantes :

— Merci Père d’avoir veillé sur moi !

Peu après, je remarque un point noir qui bouge entre les rochers sur la rive : un des guides vient me chercher. Il court et m’appelle :

— Vous êtes sauvée ! Vous êtes sauvée !

Il se jette à l’eau pour m’aider et détache mes bras du rocher avec douceur, me parlant gentiment, lui que je trouvais si brusque et bruyant au départ. Je me cramponne à lui sans pouvoir nager. Il me tracte ainsi jusqu’à la rive.

Je suis épuisée, trempée, égratignée, chargée de sable, comme assommée. Je souffre de la main droite et j’ai une entaille à la cheville, sans gravité.

Nous escaladons peu à peu les rochers, nous éloignant de ce bruit infernal. Je me sens mieux.

Le guide m’apprend que tous les naufragés ont été repêchés et que nous allons les retrouver. Arrivée devant le groupe, je vois des visages défaits et tristes ; tous me regardent comme une revenante, car ils ont cru que je m’étais noyée.

Je n’oublierai jamais cette épreuve… un témoignage de plus qu’au plus dur des difficultés, si la foi est là, tout est possible.

Lorsque j’en rends témoignage à mon retour en France, nous sommes tous surpris de voir programmé comme cantique de clôture « Rocher du salut suprême » !

Nous éclatons tous de rire et le chantons très joyeusement, appréciant l’humour et surtout la prescience de notre Seigneur qui a inspiré cette planification de cantiques bien longtemps à l’avance.

Les membres présents dans la salle ce jour-là, ainsi que moi-même, ne pouvons plus chanter ce cantique sans nous rappeler que ce n’est qu’en nous accrochant à ce Rocher du salut suprême, le Christ, que nous pouvons être sauvés !

  1. Septembre 1991 – Chittwan Népal – Le rafting sur la Rapti (« Tout au sommet des monts » – Un engagement en Inde et au Népal – de Cécile PELOUS, p. 112)

  2. Cantique n° 168