Le Liahona
Le temple, le témoignage et l’étreinte d’un père
Le Liahona, mars 2026


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Le temple, le témoignage et l’étreinte d’un père

Le père de Taaken Iobi est tombé soudainement très malade. « Je lui parlais un soir et il était en pleine forme, dit-elle, puis le lendemain […] il était devenu une personne complètement différente, incapable de bouger et de parler. »

Après deux semaines à l’hôpital, les médecins ne pouvaient toujours pas expliquer la mystérieuse paralysie et l’incapacité de parler de son père. La situation était particulièrement difficile pour Taaken, car elle était à Hawaï pour ses études tandis que sa famille était restée à Kiribati. « Nous sommes si loin les uns des autres », dit-elle.

Taaken avait 20 ans lorsqu’elle s’est envolée pour la Nouvelle-Zélande afin d’accomplir une mission pour l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. C’était la première fois qu’elle quittait Kiribati, et elle était la première de ses frères et sœurs à partir.

Son enthousiasme s’est rapidement transformé en mal du pays, et lors de son premier appel téléphonique à son père, elle n’a pas pu prononcer un mot, elle n’a fait que pleurer. Quand elle a finalement dit à ses parents qu’elle voulait rentrer à la maison, ils l’ont encouragée à rester.

Taaken est tellement reconnaissante d’avoir terminé sa mission. Après sa relève en 2022, elle n’a pas pu rentrer chez elle. La pandémie de COVID-19 l’ayant empêchée de prendre l’avion pour Kiribati, elle s’est rendue directement à l’université Brigham Young de Hawaii et a entamé des études en hôtellerie.

Taaken a parlé à sa famille tous les jours par chat vocal et vidéo. Ce n’est pas la même chose que d’être ensemble, mais entendre la voix de ses parents chaque jour aide à combler la distance.

Son père occupe une place particulière dans le cœur de Taaken. C’est une personne très aimante […] Il nous aime tellement, mes frères et sœurs et moi. Elle se souvient de la profonde inquiétude de son père chaque fois qu’un de ses enfants tombait malade. Il se donnait beaucoup de mal pour leur acheter des aliments difficiles à trouver sur l’île, comme par exemple, « des pommes ! Oh oui », sourit Taaken en se remémorant ce souvenir.

Un moment qu’elle n’oubliera jamais s’est produit au lycée. Taaken avait reçu un mauvais bulletin scolaire et s’était énervée lorsque son professeur le lui avait lu, mais lorsqu’elle a quitté la salle de classe, elle a été surprise de voir son père, employé d’entretien à l’école, assis dans le couloir, en train d’écouter.

Dès qu’il a vu sa fille pleurer, son père s’est mis à pleurer lui aussi. « Nous avons pleuré ensemble », raconte Taaken en riant. « Je pleurais en le regardant, il me regardait et pleurait lui aussi ». À travers ses propres larmes, son père l’a aidée à surmonter sa déception.

Des années plus tard, à des milliers de kilomètres de là, la nouvelle de la maladie de son père a durement touché Taaken. Elle ne pouvait plus se concentrer sur ses études ou son travail, et ne pensait qu’à son père resté au pays, incapable de bouger ou de parler. « Des larmes coulaient souvent de mes yeux, car je ne pensais qu’à mon père […] Et c’était très difficile », dit-elle.

À cette époque là, Taaken vivait près du temple de Laie de Hawaii, mais elle ne s’y rendait pas souvent. Elle ressentait le besoin d’y retourner, mais elle se sentait aussi coupable. « Je n’étais pas sûre que notre Père céleste puisse entendre ma prière, car je l’avais évité pendant un certain temps », reconnaît-elle.

Mais malgré son sentiment de culpabilité, elle savait que Dieu était le seul à pouvoir la réconforter. Elle a décidé d’agir avec foi et a commencé à se rendre quotidiennement au temple pour prier pour la santé de son père.

Et puis, un miracle s’est produit. Son père a commencé à aller mieux. La guérison n’a pas été instantanée, mais il a fini par pouvoir parler à nouveau. « Il faudra du temps pour qu’il se rétablisse complètement, dit Taaken, mais je ressens vraiment que notre Père céleste m’a aidée en aidant mon père à aller mieux ».

Près d’un an après la maladie de son père, quatre ans après avoir quitté la maison, Taaken a enfin pu prendre l’avion pour retourner à Kiribati. Elle a décidé de faire une surprise à sa famille, et lorsqu’elle a franchi la porte, son père l’a regardée fixement pendant deux bonnes minutes sans dire un mot.

« Puis, tout ce que j’ai vu, ce sont les larmes dans ses yeux », se souvient Taaken. Son père lui a demandé : « Pourquoi ne nous as-tu pas dit que tu revenais ? » Puis ils ont pleuré ensemble. « Ce fut le plus beau moment de ma vie », dit-elle.

Aujourd’hui, la santé de son père continue de s’améliorer. Cette expérience a renforcé le témoignage de Taaken quant à l’amour de notre Père céleste, reflété dans l’amour de son père terrestre.

Elle a appris que même lorsque nous nous éloignons de lui, il est toujours là, les bras grands ouverts, prêt à nous accueillir chez nous.