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L’histoire de la vie et de la conversion de Billy Adom Adane
Mon histoire commence par une perte qui a façonné mon destin. Mon père, M. Kofi Donkor Adane, est décédé une semaine seulement avant ma naissance. Ma mère, profondément attristée, m’a pris dans ses bras pour la première fois, les larmes coulant sur ses joues. Dans ma culture, on croit que le chagrin profond d’une mère peut faire « repartir » l’esprit d’un nouveau-né, c’est-à-dire le renvoyer dans le monde des esprits. Craignant cela, ma tante, Mme Faustina Boahin, est venue me chercher. Elle persuada ma mère qu’il serait plus sûr pour moi de vivre avec elle. C’est ainsi que, tout bébé, j’ai quitté les bras de ma mère pour aller vivre chez ma tante et mon oncle. J’ai grandi en croyant qu’ils étaient mes vrais parents et que mes cousins étaient mes frères et sœurs.
Ma tante était très stricte. Mon oncle était gentil, mais ma tante croyait aux châtiments corporels pour « me remettre à ma place ». Je restais souvent enfermé à la maison, regardant les enfants du quartier jouer au football à travers les persiennes de notre fenêtre, leur criant des instructions comme si j’étais leur entraîneur, mais sans jamais être autorisé à les rejoindre. Cet isolement a fait de l’école mon refuge, un endroit où je pouvais enfin me faire des amis, rejoindre des clubs d’acrobatie et de théâtre, et ressentir un sentiment d’appartenance. Rentrer tard à la maison après ces précieuses heures de divertissement entraînait toujours une punition, mais pour moi, cette liberté éphémère en valait la peine.
Les fondements de ma vie se sont effondrés lorsque mon cousin Kwesi m’a révélé la vérité. « Faustina est-elle vraiment ta mère ? », me taquinait-il, jusqu’au jour où il m’a dit clairement : « Non, ce n’est pas elle. Tante Mina est ta mère. » J’étais stupéfait. Tante Mina était la femme qui venait souvent nous rendre visite, apportant toujours un cadeau spécial rien que pour moi : un beignet, une orange, une friandise… ce qui lui valait souvent les reproches de ma tante. Les pièces du puzzle avaient commencé à s’assembler. J’ai remarqué les différences de traitement : j’avais plus de tâches ménagères à faire, on me refusait la viande au repas et mes punitions étaient plus sévères. Une fois révélée, la vérité ne pouvait plus être ignorée.
Une nouvelle religion
J’ai fini par emménager avec ma mère biologique, Fatima Wilhelmina, et je suis entrée dans un nouveau monde : un foyer musulman. Ma mère avait été élevée dans la religion musulmane par son père et s’était remariée avec un musulman. J’ai adopté cette nouvelle identité avec la ferveur d’un enfant en quête d’appartenance. J’ai appris à prier en arabe, j’ai jeûné pendant le ramadan et perfectionné mes ablutions. J’ai même rejoint une équipe de wazi, des évangélistes musulmans qui prêchaient en ville. Mon rôle consistait à lire des passages de la Bible pour en établir les parallèles avec le Coran, pendant que d’autres démontraient la prière islamique. À l’époque, je ne considérais pas cela comme une activité d’évangélisation, mais simplement comme l’expression de la foi que je vivais. Pendant un certain temps, cela a été tout mon univers.
Mais la stabilité était difficile à atteindre. Après la mort de mon beau-père, la famille de sa première femme a progressivement pris possession de notre maison et nous avons été contraints à partir. Nous avons emménagé chez mes grands-parents maternels à Accra New Town. Les difficultés financières ne tardèrent pas à suivre. Le commerce de tissus de ma mère s’est effondré en raison des troubles politiques, et mon frère aîné, qui finançait mes études, ne pouvait plus payer mes frais de scolarité. J’ai dû abandonner le lycée. À la dérive, j’ai fait un apprentissage de mécanicien, puis de coiffeur, apprenant « un peu de tout sans vraiment rien maîtriser ».
Au début de ma vingtaine, j’ai enfin trouvé un sens à ma vie en travaillant dans le domaine de la sécurité. Mon premier poste important fut au bureau de l’Union européenne à Accra. C’est là que j’ai découvert un don naturel pour l’accueil et la communication. Je m’occupais souvent de la réception, répondant au téléphone et gérant les communications entre les bureaux de l’UE et leurs postes de garde. J’aimais cette responsabilité et les relations humaines, même si je n’avais jamais envisagé d’en faire mon métier. Au bout de trois ans, des manœuvres politiques au sein du personnel local ont conduit au remplacement de notre société de sécurité, et je me suis retrouvé au siège de mon entreprise, où j’ai mis à profit mes nouvelles compétences pour un salaire modeste.
C’est pendant cette période d’incertitude professionnelle que j’ai rencontré celle qui allait devenir ma femme. Je suis tombé malade du paludisme alors que je rendais visite à un ami à Mamfe pour un festival, et sa sœur, avec une immense gentillesse, s’est occupée de moi jusqu’à mon rétablissement. Nous nous sommes rapprochés, et elle est finalement tombée enceinte de notre première fille, Miracle. Ensemble, nous avons eu quatre enfants avant de nous marier officiellement en 2014, un processus impliquant le paiement traditionnel d’une dot, qu’elle m’a fidèlement aidé à économiser au fil du temps.
Tout au long de cette période, ma femme était une chrétienne fervente et j’avais déjà commencé à m’éloigner de l’islam. Je me sentais attiré par les églises chrétiennes charismatiques qui prospéraient au Ghana. J’assistais souvent aux cultes et j’ai été touché par une prophétie récurrente : plus de quinze prophètes différents, qui ne se connaissaient pas, m’ont tous dit que j’étais appelé à devenir pasteur. Le poids de cet appel m’a conduit à l’école biblique. Je suis devenu pasteur agréé, pleinement oint pour prêcher partout dans le monde. Pendant trois ans, j’étais pasteur adjoint, prêchant le dimanche, enseignant à l’école biblique et remplaçant le pasteur principal quand c’était nécessaire. J’aimais profondément me plonger dans les Écritures et expliquer les vérités de l’Ancien et du Nouveau Testament à notre congrégation.
Pourtant, un sentiment de malaise persistait. C’était une « Église d’un seul homme », entièrement centrée sur les doctrines et les directives du dirigeant. On m’envoyait fonder de nouvelles congrégations, mais quelque chose en moi résistait. Je ne pouvais pas avancer sans être certain, au plus profond de moi, que c’était Dieu Lui-même qui me guidait, et non un simple homme. Je suis donc resté à mon poste, attendant une confirmation que je n’ai jamais reçu dans cet endroit.
Un transfert de poste au bureau de la mission
Un tournant professionnel a coïncidé avec cette quête spirituelle. Ma société de sécurité, impressionnée par mes compétences, m’a proposé un nouveau contrat avec Sankofa Spices, avec la promesse d’un poste permanent et bien rémunéré en tant que coordinateur de la sécurité. J’étais prêt à accepter. Puis, mon ami, le directeur des opérations, m’a parlé d’un poste temporaire vacant au bureau de la mission des « Saints des derniers jours ». Le salaire était inférieur à celui proposé par Sankofa de plus de la moitié, et je n’étais pas intéressé. Mais lorsque la date de début à Sankofa fut reportée, j’acceptai de remplacer quelqu’un pendant deux semaines, et cette décision allait changer le cours de ma vie.
C’est alors que les jeunes missionnaires m’ont trouvé. J’ai toujours eu une tendresse particulière pour ceux qui évangélisent, conscient du rejet qu’ils subissent souvent ; je les ai donc accueillis chaleureusement. S’ils venaient pendant que je mangeais, je mettais ma nourriture de côté. Si je faisais une sieste, je me levais. Mais j’étais un auditeur sceptique. Quand ils ont déclaré : « L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est la seule vraie Église sur terre », j’ai failli leur demander de partir. Comment cela pouvait-il être vrai, alors que j’avais été témoin de l’œuvre de Dieu dans tant d’autres endroits ?
Leur patience a été ma porte d’entrée. Ils n’ont jamais rejeté mes questions. Quand je les mettais au défi, ils répondaient souvent : « C’est une bonne question. Nous devons étudier et revenir avec une réponse. » Leur honnêteté intellectuelle était rafraîchissante ; ils ne me vendaient pas un simple produit. Ils m’ont encouragé à prier moi-même à ce sujet. J’ai présenté ce défi au Seigneur dans une prière sincère. « Je T’ai servi dans une autre Église, » ai-je supplié. « Tu as œuvré avec moi là-bas. Veux-Tu dire que toutes ces délivrances et ces miracles ne venaient pas de Toi ? » La réponse que j’ai ressentie n’était pas un rejet de mes expériences passées, mais plutôt une invitation : Tu as été ici, et tu as été là — pourquoi ne pas être ici aussi, et découvrir la vérité par toi-même ?
J’ai commencé à lire le Livre de Mormon et à comparer ce que j’apprenais avec ce que je savais déjà. J’ai remarqué un contraste frappant dans l’œuvre missionnaire. Dans mon ancienne église, « l’évangélisation » consistait souvent à convaincre les membres d’autres congrégations à rejoindre la nôtre, en se focalisant sur des chiffres. Mais ces jeunes hommes avaient quitté leur foyer et leur famille pendant deux ans, se consacrant entièrement à enseigner à quiconque voulait bien les écouter. Leur engagement témoignait de leur foi.
Le changement le plus profond est survenu lorsque j’ai appris le rétablissement de l’autorité de la prêtrise. Dans mon milieu charismatique, l’imposition des mains était un moment de grande tension. Nous croyions qu’un individu pouvait transmettre son caractère spirituel, pour le bien ou pour le mal. Cette notion d’une autorité rétablie par des messagers célestes, et non simplement revendiquée au nom d’une révélation personnelle, a eu un écho en moi, répondant à un besoin profond d’ordre et de légitimité divine dont je n’avais pas conscience jusque-là. Cette compréhension est devenue la pierre angulaire de mon témoignage naissant.
À l’approche de mon entretien de baptême, j’étais en proie à une lutte intérieure intense. L’ennemi de mon âme me murmurait des doutes : Et si tu faisais une erreur ? Pense aux réactions négatives de ta communauté. La veille de l’entretien, j’avais prié pour recevoir un signe, une confirmation précise que j’étais sur la bonne voie. Le lendemain soir, alors que je faisais une course, mon regard a été attiré par quelque chose qui flottait au milieu d’une autoroute très fréquentée. C’était un billet de 100 cedis. Pendant que j’attendais que la circulation se calme, un deuxième billet est apparu, culbutant pour rejoindre le premier. À ce moment-là, une pensée, claire et pénétrante comme une voix, m’est venue à l’esprit : « N’es-tu pas celui qui a demandé un signe concernant ta décision ? » Je savais que c’était le Seigneur. Il m’avait donné à la fois une réponse spirituelle et, en ce moment de besoin, une bénédiction temporelle.
L’entretien lui-même était peu spectaculaire. Le jeune missionnaire commença à poser ses questions, et je déclarai aussitôt : « Oui, bien sûr. Je crois que c’est la seule vraie Église. » Ce n’était plus une simple affirmation théorique, mais une vérité gravée dans mon âme.
Le jour de mon baptême fut le moment spirituel le plus marquant de toute ma vie. Vêtu de blanc, je me sentais comme un roi. Les membres de la paroisse étaient restés après leur propre culte pour me soutenir, un geste d’amour qui me toucha profondément. En entrant dans l’eau, le symbolisme de la mort et de la résurrection avec le Christ, que j’avais enseigné tant de fois auparavant, avait enfin prit une dimension entièrement réelle et personnelle. Ce n’était pas un simple rituel, mais une alliance.
Dans la nature sauvage
Le chemin parcouru depuis ce moment n’a pas été facile. Mon ancienne Église nous a demandé de quitter la maison dans laquelle nous vivions, qui leur appartenait. Pendant un certain temps, ma famille et moi avons vécu dans un garage délabré, à moitié construit, dont le toit fuyait, et nous devions déplacer nos matelas chaque fois qu’il pleuvait à verse. Pourtant, malgré ces épreuves, ma famille m’a soutenu. La simple déclaration de ma femme, « Où que tu sois, j’y serai aussi », a été mon ancrage. Quant à mes enfants, ils ont fait preuve d’une foi inébranlable.
Je suis un pionnier pour ma famille dans cet Évangile. Les difficultés sont réelles, mais elles ne constituent pas un signe de défaite. Elles représentent le feu purificateur d’un nouveau départ. Je sais que l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours est l’Église rétablie de Jésus Christ. Je sais que l’autorité de la prêtrise est réelle. Et je sais que le même Dieu qui m’a guidé tout au long d’une vie de recherche pour trouver cette vérité ne m’abandonnera jamais, y compris ma famille. Ma foi est aujourd’hui ce que j’appelle une « foi audacieuse » : croire en la terre promise même lorsque je me trouve dans le désert, car j’ai vu la colonne de feu et je connais celui qui me guide.