Pas à la hauteur
Bien que la vie ne soit pas juste, faites de votre mieux. Le Seigneur compensera.
Chaque fois que mon frère aîné avait le droit de se coucher tard ou qu’il avait plus de glace que moi, je disais : « Ce n’est pas juste. » Alors, et à beaucoup d’autres moments de ma vie, j’ai toujours reçu la même réponse : « La vie n’est pas juste. »
Au collège, je ne croyais pas que la vie était juste. J’étais petit, pas seulement un peu au-dessous de la moyenne, mais officiellement de taille insuffisante. Un jour, toute ma classe s’est alignée par taille pour une photo. J’étais au bout, le plus petit.
En dépit de ma taille, j’adorais le basket-ball et j’étais décidé à me qualifier pour l’équipe de l’école. Lorsque tous les garçons qui remplissaient le gymnase se sont mis à courir pour montrer leurs capacités afin de se qualifier, j’espérais que mes longues heures d’entraînement porteraient leurs fruits. Les entraîneurs, au milieu du gymnase, nous observaient et prenaient des notes dans leur carnet. Vu ma taille, je priais tout simplement pour qu’ils me remarquent.
Après l’échauffement, l’entraîneur en chef a sifflé et nous a expliqué le premier exercice de tirs. Il m’a passé un ballon. J’étais l’un des premiers à dribbler du milieu du terrain et à m’arrêter à la ligne des trois points pour sauter et lancer le ballon avec les deux mains. Je savais que tout le monde me regardait, mes mains tremblantes me le rappelaient à chaque dribble. Je me suis arrêté à l’endroit prévu, j’ai sauté et lancé le ballon. J’espérais qu’il toucherait au moins le bord. Il a roulé sur le métal et est tombé dans le filet.
Cela a de nouveau été mon tour, plus tôt que je ne le souhaitais. De nouveau, j’ai réussi à mettre le ballon dans le panier. Au tour suivant, ma chance a continué. Le centre de l’équipe m’a remarqué et a décidé d’aider celui que l’on donnait perdant. Il s’est mis à attirer l’attention sur moi chaque fois que j’étais sur le point de tirer. Heureusement, j’ai continué à réussir mes tirs.
À la fin de la journée, lorsque la liste des personnes qui avaient été sélectionnée au premier tour a été affichée, mon nom y était. Je venais de grimper la première étape de mon Mont Everest personnel.
Après quelques jours de tension nerveuse et d’entraînements au petit matin, la deuxième sélection a été affichée. J’avais passé mon deuxième obstacle. Il ne restait qu’un ou deux tours ; mes chances s’amélioraient, mais la concurrence était plus rude.
À la fin de la semaine, les épreuves de sélection étaient terminées. Je m’efforçais de rester calme en allant au bureau des entraîneurs pour voir si je faisais partie de l’équipe. Mon nom n’était pas sur la liste.
L’entraîneur adjoint qui était aussi mon professeur de sciences, m’a pris à part. « Tu es un bon petit joueur. Tu as beaucoup de potentiel. » Ses compliments n’ont pas atténué ma déception. « C’est difficile d’éliminer les gens. C’est seulement qu’en ce moment tu n’as pas la taille pour faire partie de l’équipe. Peut-être l’année prochaine. »
Pourquoi moi ? L’un de mes rêves s’était effondré, et ce n’était pas parce que je n’avais pas essayé ou par manque d’entraînement. C’était à cause de quelque chose à laquelle je ne pouvais rien. La vie ne semblait pas juste.
Pourquoi moi ?
Bien que j’aie lu plusieurs fois le Livre de Mormon, ce n’est que récemment que j’ai remarqué à quel point la réussite d’Ammon a pu sembler injuste à Aaron, son frère. Eux deux et d’autres Néphites sont allés enseigner l’Évangile aux Lamanites. Cependant, pendant qu’Ammon, rempli de l’Esprit, défendait les troupeaux du roi et baptisait le roi Lamoni et son peuple, Aaron et ses compagnons connaissaient des tribulations. Les Lamanites les avaient chassés, et les avaient frappés, et les avaient pourchassés de maison en maison, et de lieu en lieu jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés au pays de Middoni ; et là ils avaient été pris et jetés en prison, et liés de fortes cordes, et gardés de nombreux jours en prison (voir Alma 20:30).
Considérez toutes les raisons qu’avait Aaron de demander : « Pourquoi moi ? » Ammon connaissait une grande réussite, tandis qu’Aaron ne connaissait que l’échec et des murs de prison. Même sa libération de la prison fut une autre réussite d’Ammon. La vie n’était pas juste envers Aaron.
En dépit de cette injustice, Aaron ne montra aucun signe de rancune. Libéré de la prison, il reprit immédiatement ses activités missionnaires, en demandant ce que le Seigneur voulait qu’il fasse. C’est alors que le Seigneur l’a béni. Aaron a instruit et baptisé le père de Lamoni, roi de tous les Lamanites, et tous les gens de sa maison.
Je me suis rendu compte que, à un plus faible degré, ma situation ressemblait à celle d’Aaron. D’autres personnes autour de moi avaient brillamment réussi, mais pas moi, pour des raisons indépendantes de ma volonté. J’avais le choix. Je pouvais me complaire dans l’apitoiement sur mon sort, en demandant : « Pourquoi moi ? » ou bien, comme Aaron, je pouvais être patient et mettre ma confiance dans le Seigneur.
Je me suis rendu compte que, bien que parfois la vie ne soit pas juste envers moi, je peux remettre mes soucis entre les mains du Seigneur. Richard G. Scott, du Collège des douze apôtres, a dit : « L’Expiation nous aidera non seulement à surmonter nos transgressions et nos fautes, mais, au temps voulu par le Seigneur, elle résoudra toutes les injustices de la vie, celles qui sont la conséquence des circonstances ou des actions d’autres personnes et non de nos propres décisions » (voir « Jésus-Christ, notre Rédempteur », L’Étoile , juillet 1997, p. 54). Lorsque je me tourne vers le Christ, la vie ne devient pas tout à coup juste envers moi. Mais, comme je m’efforce de lui ressembler dans ma situation injuste, il m’aide à ne pas devenir amer, et même à aimer le monde injuste.
Chad Morris est membre de la 44e paroisse de West Jordan, pieu de West Jordan Est (Utah, États-Unis).
« Certaines interrogations de la condition mortelle, ne sont en fait pas des questions, mais des expressions de ressentiment. D’autres impliquent que l’épreuve pourrait être tolérable plus tard, mais pas maintenant, comme si la foi au Seigneur excluait la foi au moment qu’il choisit. Certaines interrogations, formulées dans des moments de stress, seraient mieux posées si elles commençaient non par ‘pourquoi’, mais par ‘que’ ou ‘quoi’, par exemple: ‘Qu’attend-on de moi maintenant ?’ ou, pour paraphraser les paroles de Moroni : ‘Si je suis suffisamment humble, quelle faiblesse personnelle pourrait devenir un point fort maintenant ?’ (voir Éther 12:27) ».
Neal A. Maxwell, du Collège des douze apôtres, « ‘Appliquez le sang expiatoire du Christ’ », L’Étoile , janvier 1998, p. 26.